Istanbul: Au Fil des Collines...

 

Le tramway serpente lentement entre les arrêts nombreux de son fidèle itinéraire. Le trajet dure. Le ciel se couvre de nuages orangés absorbant les lumières de la géante Istanbul. Elle semble tentaculaire, sans limites précises. Je traverse les entrailles bruyantes d'une cité animée. Derrière la vitre, des ruelles étroites grimpent de manière abrupte pour s'évanouir dans l'obscurité qui gagne les collines surplombant la ville.

A destination, je descends du tramway et déambule encore un peu. Pour goûter aux premières impressions expulsées par les trottoirs bondés, aux premiers appels des muezzins du haut de leur minaret, aux premières odeurs de cuisine... Pour bientôt m'allonger, fermer les yeux et laisser monter par la fenêtre de la chambre l'atmosphère enjouée d'Istanbul.

Au matin, la tapageuse Istanbul somnole encore, avant de sortir de son apparente tranquillité. J'en profite pour débuter ma découverte, à pas légers, sans la réveiller. Construite sans modifier son relief, elle vous confronte immédiatement à son extension anarchique due à sa riche histoire. C'est un véritable enchevêtrement de marches, un dédale de ruelles pavées où se succèdent montées éreintantes et incroyables descentes. Les petites épiceries et commerces en tous genres, omniprésents, coupent les longues marches entre les quartiers traversés de ce labyrinthe urbain. Une oasis idéale où reposer vos jambes, boire un thé brûlant, dévorer un döner, déguster une pide ou se régaler de la pâte fine d'un borek.

Quelques bouchées plus tard, Istanbul redevient la tonitruante, la débordante. Sans jamais s'arrêter de bouchonner, de bousculer, de klaxonner. Ses avenues et ses rues assaillis, les allées et venues incessantes des ferrys qui relient les différentes rives du Bosphore. Un fonds sonore de chaque seconde. Un chahut permanent de vendeurs à la sauvette, de marchés colorés et de bazars habillant les angles de rues grouillant de monde, de marchands en tous genres occupant chaque recoin de la cité millénaire.

C'est incroyable le nombre de kilomètres que l'on peut parcourir à pieds à Istanbul ! A s'égarer volontairement au fil de ses collines, recouvertes littéralement d'habitations, manger sur le pouce et goûter pour quelques lires turques aux délices de la cuisine stambouliote. Longer le Bosphore. Patienter qu'un poisson tire au fond de l'eau l'un des bouchons des dizaines de lignes jetées par les pêcheurs amassés sur les ponts qui le traversent.

Une certaine nostalgie déjà aux dernières lueurs du couchant enveloppant les édifiantes mosquées. Redessinant avec précision les contours des minarets qui pointent vers le ciel dégagé. Un pincement au cœur au moment de quitter une ville qui a su vous mettre à l'aise tout de suite. On se sent en sécurité ici, accueilli, accepté. Dans une interminable Istanbul, qui a su marier aisément occident et orient et mélanger subtilement authenticité et modernité.

D'une rive à l’autre, au fil de ses collines historiques, Istanbul la tolérante, Istanbul la généreuse...

 

 
  
  
 
 
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