Rangoon: Une Liberté Fragile

 

Des gosses jouent au football avec une bouteille en plastique sur le bitume tiédi par une nuit s’annonçant un peu plus fraîche. Le crépuscule, au loin, rougit les rares nuages d’un ciel clair. La température baisse sensiblement et la chaleur me laisse enfin un peu de répit. De nombreuses silhouettes arpentent la ruelle dans la lumière qui faiblit. Les enseignes s’illuminent une à une. Les appartements s’éclairent peu à peu et ressemblent à des tâches de lueur sur les murs crasseux des immeubles. La vie, découverte récente de ce pays, résonne entre les grilles fermées des entrées de maisonnettes aux rez-de-chaussée. Moment de tranquillité, de paix, chose nouvelle que Rangoon semblent apprécier. Un peuple redécouvre doucement une liberté qui nous paraitrait presque banale. Une ville, un pays se remet à vivre normalement…

J’avais quitté la Birmanie et sa capitale, 6 ans auparavant, ramenant dans mes bagages le gout amer d’avoir découvert un extraordinaire rubis à l’éclat ternis par une dictature solide. Cette fois je rencontre une Rangoon bruyante et pétillante où l’impérissable volonté de réaffirmer une identité profonde, bafouée depuis tant d’années, provoque une incroyable effervescence. Une euphorie artistique inédite, un incessant spectacle de vie, une agitation permanente à la chaleur sociétale nouvelle.  

Fièrement et courageusement, le pays s’ouvre tant bien que mal. Les Birmans agissent jour après jour à cet effet et avancent à tâtons sur ce chemin chaotique et inexploité depuis plusieurs générations. Dans un quotidien difficile où le fait d’envisager son futur tient une place minime, ils se heurtent toujours et malgré leurs efforts aux limites tenaces, rigides et surveillées d’une démocratie naissante. La liberté est un travail de longue haleine. La route vers la démocratie, un projet qui exige patience et constance pour espérer la gagner un jour afin de la conserver définitivement. Car inévitablement, faut-il être prêt pour accepter la nouveauté…  

 

Rangoon en couleur...

 

...et en noir et blanc.

 

Un petit clin d'oeil à tous ces artistes que j'ai pu rencontrer tout au long de ce périple à Rangoon, qui ont orienté ma visite et ma vision sur la société birmane. Pour toutes ces discussions, tous ces moments passés à discuter du changement en marche de leur pays... A travers leur passion, leur art, cette même volonté à bousculer l'histoire et les mentalités, à éduquer les esprits sur la voie du changement et de la nouveauté... Tous ces personnages au grand coeur, à l'engagement sans faille pour une liberté méritée, pour une démocratie plus réelle. 

 
  
  
 
 
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